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À propos des charlatans

Source : L’Union Médicale du Canada, , Montréal, vol. 12, no. 5, mai 1883, pp. 239-240.

L’annonce mentionnée dans cet article fut effectivement publiée dans le Nouvelliste de Québec, et on peut consulter l’originale ici.


Québec fait une rude concurrence à Montréal, par le temps qui court, comme en fait foi l’annonce suivante publiée par le Nouvelliste, et que me communique un de mes amis :

GRAND AVANTAGE OFFERT À QUÉBEC

On n’a jamais rien vu de pareil !

Tout le monde pourra maintenant se guérir en allant à Québec, 38 rue du Pont, St. Roch, chez M. E. Racicot, frère du Dr. (sicA. Racicot, de Montréal.

Si vous êtes Dyspeptique, Hydropique, Diabétique : allez vitement là.

Si vous avez la maladie de Foie, les Bronchites, la Catarrhe, la Névralgie, les Rhumatismes, la Toux, allez encore là.

Si vous avez des plaies quelconques, des Maladies Secrètes, la Migraine, la Pituite, les Brûlements d’Estomac, les Ecrouelles, la Jaunisse, la Perte d’Appétit, l’Assoupissement, la Faiblesse, la Constipation, la Maladie de Rognons, la Diarrhée, le Choléra, le Frisson, les Boutons à la figure et sur tout le corps, des Démageaisons, le mal de Dents, des Panaris, etc., etc., allez toujours là.

Certes, ce monsieur a des pilules (Pilules Magiques), pour purifier et nettoyer le sang qui sont sans égales sur le Globe entier.

L’ami à qui je suis redevable de cet intéressant document ajoute que le susdit Racicot (de Québec) donne des consultations, purge, saigne (?), débite de la sawiane et du chien-dent, etc., et cela à la barbe des médecins et de la loi qui est censée protéger ceux-ci.  Je plains sincèrement les Québecquois, mais si le malheur d’autrui peut les consoler dans leur infortune, je leur dirai qu’ici [à Montréal], nous n’avons pas un, mais deux Racicot – le père et le fils – qui font le même commerce que leur parent de Québec, et cela de la façon la plus naturelle possible.  Le Bureau des Gouverneurs ne semble guère s’en inquiéter.  Allez donc !  Est-ce qu’on s’arrête à de semblables bagatelles ?  Les membres du Bureau ont bien autre chose à faire qu’à intenter une poursuite contre le premier Racicot venu.  D’ailleurs, pourquoi faire de la peine et causer de l’embarras à quelque pauvre charlatan innocent ?  C’est peut-être un septième fils, porteur d’une fleur de lys quelque part, et par conséquent doué de la vertu merveilleuse de tout guérir.  Il n’y a pas de mal à ça, hein ?

Il est vrai que le nombre des charlatans augmente chaque jour, que, à peu près sûrs de l’impunité, ils lèvent la tête plus impunément que jamais, que bientôt nous verrons nos meilleurs clients se diriger vers ces guérisseurs mirobolants, mais qu’est-ce que cela fait ?  Il n’est pas plus défendu à Racicot de débiter ses conseils et ses tisanes qu’il n’est interdit à Mme. Berthiaume de vendre son onguent anti-rhumatismal, ou à Albert C. Dionne de battre monnaie avec le Vrai sirop de merisier pour la toux, &c.  Au reste, je ne suis pas trop surpris de voir que le Bureau des Gouverneurs ne songe pas à faire amender la loi médicale de façon à nous protéger contre ce déluge de remèdes patentés !  Il est des médecins qui ne sont pas éloignés de croire qu’il y a du bon dans tout cela.  J’en ai connu un qui prescrivait la Végétine, un autre qui recommandait l’Huile électrique de Thomas; un troisième, enfin qui, atteint d’otite externe aigüe, se versa de l’Huile de St. Jacob dans l’oreille et fut gratifié, en retour (faible récompense), d’une jolie perforation du tympan.  Ami Québecquois, qu’en pensez-vous ?