Charles fortin

 

Historique

Même s'il n'était ni médecin ou pharmacien, m. Charles Fortin est celui à qui on doit le fameux sirop Composé Sapin Fortin pour la toux, un des rares remèdes québécois encore existants.

Né à St-Victor-de-Tring le 24 octobre 1877, il habita plusieurs villages de la Beauce où il pratiqua successivement les métiers de ferblantier, de soudeur et de restaurateur.  Il s'établit en novembre 1911 à Robertsonville, et y fit construire un édifice qui servirait à la fois de résidence familiale et de local pour le magasin général qu'il comptait ouvrir.

C'est un amérindien qui lui aurait fourni la recette du sirop qui ferait sa renommée, composé d'écorces d'épinette rouge, de pruche et de frêne piquant, avec de la gomme de sapin et de la mélasse pure des Barbades.  Au début, il préparait son sirop sur le poêle de la cuisine, et le vendait à son magasin.  La demande s'accrut assez rapidement pour que m. Fortin doive s'installer à la cave pour la préparation du sirop.  Le remède était initialement recommandé contre la tuberculose, mais on lui découvrit des vertus étonnantes lors de l'épidémie de Grippe Espagnole en 1918.  Pour la circonstance, m. Fortin demandait à ses clients de lui apporter leurs bouteilles vides, qu'il remplissait gratuitement de son Composé.  On dit que ce serait grâce au Composé Sapin Fortin si Robertsonville n'eut à déplorer qu'une seule victime de la Grippe Espagnole.  Quelques années après, m. Fortin fit breveter son sirop. 

 

Le magasin général de Charles Fortin (à gauche du groupe) à Robertsonville, vers 1913.  Sur le coin extrême droit du bâtiment, on peut apercevoir une affiche publicitaire du sirop.  L'édifice, quoique passablement modifié, est peut-être encore sur l'actuelle rue St-Georges.

 

En 1936, il devint nécessaire de construire une petite manufacture pour la production du sirop (photo ci-dessous).  On y employait neuf personnes et le sirop était préparé deux fois par année, soit le printemps et l'automne.  Les cultivateurs locaux fournissaient la gomme de sapin, et l'écorce de pruche et d'épinette rouge provenait des moulins à scie.  La mélasse pure des Barbades et l'écorce de frêne piquant étaient importées, et arrivaient du Nouveau-Brunswick dans des barils.  Les écorces étaient brossées, concassées et entreposées dans des poches de jute en attendant la prochaine production.

Longtemps, l'étiquette des bouteilles de sirop mentionnaient "Sirop pour la Tuberculose, si après 12 à 13 bouteilles aucun changement, argent remis - sirop aussi pour le rhume".  Après s'être fait taper sur les doigts par le monde médical pour propagande illégitime, m. Fortin retira "Sirop pour la tuberculose". 

Ne se limitant plus qu'aux tablettes de son magasin, Charles Fortin se promenait en voiture dans les environs et distribuait lui-même son sirop.  Certains de ses plus gros clients étaient des bûcherons, surtout de la Gaspésie, qui se procuraient 24 douzaines de bouteilles avant de partir aux chantiers.

La compagnie fut éventuellement léguée aux fils de m. Fortin : Charles-Abel, Germain et Léonard.  On a exporté le sirop partout au pays, et à la fin des années 1960, la production atteignit les 200 000 bouteilles par année.  Le commerce fut acheté en 1978 par L.-P. Tanguay Ltée de Thetford Mines, mais on continuera de produire le sirop à Robertsonville au moins jusque dans les années 1990.  Il est aujourd'hui produit à Thetford Mines.

Charles Fortin était un homme d'affaires qui, en plus de son magasin, exploita une carrière de talc, fut commerçant de bois, d'animaux et de lait, et fut également maire de Robertsonville en 1929-1930 et en 1939-1940.  Après sa mort, survenue le 4 octobre 1946, on lui fit d'imposantes funérailles en témoignage de l'estime que sa communauté avait eue pour lui.

 

Texte et photos : Roy, Réjean (avec la collaboration de Lucille Beaudoin, petite-fille de Charles Fortin)), L'entraide Généalogique, Sherbrooke, vol. 18, no.1, janvier-février-mars 1995, pp. 24-29.

 

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