Terminologie

Pour décrire la méthode de manufacture des bouteilles présentées sur ce site, j’ai employé les termes et acronymes anglophones qu’on retrouve dans les publications consacrées aux bouteilles.  Je n’ai pas osé les traduire pour deux raisons: premièrement, la plupart des collectionneurs, moi y compris, sont habitués à ces termes; deuxièmement, une traduction française littérale serait bizarre et porterait à confusion.

Voici donc les abréviations les plus fréquemment utilisées dans le domaine, ainsi que leur signification.  J’ai également inclus un diagramme montrant le nom des différentes parties d’une bouteille, telles que j’en suis venu à les nommer.

Je ne suis pas du tout expert en manufacture de verre, et les descriptions suivantes sont très générales.  Pour plus d’information sur le sujet, je suggère la consultation de ce site, qui saura certainement mieux répondre que moi aux questions spécifiques.  J’y ai d’ailleurs puisé les descriptions ci-dessous.


Sommaire


MODES DE FABRICATION

Grosso-modo, on peut classer le mode de fabrication des bouteilles en trois catégories:

  1. Les bouteilles entièrement ou presque entièrement produites à la main;
  2. Les bouteilles achevées à la main;
  3. Celles produites en entier par une machine. 

La première catégorie regroupe les bouteilles soufflées librement, sans l’aide d’un moule.  La seconde comprend les bouteilles qui furent soufflées dans un moule, mais qui nécessitaient une intervention manuelle supplémentaire afin d’être complétées.  Enfin, la troisième catégorie désigne les bouteilles fabriquées entièrement par une machine automatisée.

On devine que plus ancienne est la bouteille, plus rudimentaire est son mode de fabrication.  Le Québec ayant une histoire relativement jeune, et la période des médicaments brevetés se situant à l’époque des bouteilles de fabrication industrielle, il n’existe pratiquement pas de bouteilles purement québécoises de la première catégorie, les plus anciennes bouteilles que l’on trouve chez nous étant le plus souvent des produits d’importation.  Par contre, les bouteilles de la seconde et de la troisième catégorie sont beaucoup plus usitées.  La seconde catégorie, soit celle des bouteilles achevées à la main, se divise elle-même en deux sous-catégories, soit les bouteilles Tooled Lip et BIMAL.  La troisième catégorie est celle des bouteilles ABM.  Les modes de fabrication correspondant à ces termes sont expliqués plus bas, du plus récent au plus ancien.


Bouteilles Fabriquées Automatiquement

 

ABM

Ce terme signifie « Automatic Bottle Machine », et s’applique aux bouteilles produites dans leur ensemble par une machine.  Les premières seraient apparues peu après 1905, mais elles ne furent pas couramment utilisées avant la première Guerre Mondiale.  Elles se reconnaissent par les lignes de joint du moule qui sont visibles sur toute la hauteur de la bouteille, bec compris (fig. a).  Cette ligne est habituellement beaucoup plus fine que sur les bouteilles BIMAL et Tooled Lip.  Parfois, la ligne sur le bec est déphasée par rapport à celle de la bouteille (fig. b et c), comme si le bec eut été ajouté à la machine lors d’une seconde opération.  Cette différence se trouve en maintes variations.

Aussi, dans 95% des cas, la base des bouteilles ABM porte une cicatrice grossièrement circulaire évoquant des égratignures superposées.  Cette marque est typique de la machine automatique de Owens, et elle peut souvent dépasser le pourtour de la base. 

Quelques exemples de bouteilles ABM


Bouteilles Achevées à la Main

* N.B.: Il est important de noter que les bouteilles Tooled Lip et les BIMAL sont souvent confondues, et pour cause: au premier coup d’oeil, elles semblent partager la même caractéristique dominante: la ligne de joint du moule qui disparaît graduellement sur le goulot, effacée par l’instrument qui façonna le bec (fig. d). Si les bouteilles BIMAL découlent d’une technologie plus ancienne, les deux méthodes se sont côtoyées un certain temps avant que les bouteilles Tooled Lip ne deviennent la norme.  Les descriptions ci-dessous aideront à différencier les deux.


Tooled Lip

Ces bouteilles ressemblent souvent à s’y méprendre à des bouteilles BIMAL, ce qui explique la confusion entourant les bouteilles Tooled Lip, ou bouteilles à bec retouché.  Comme son nom l’indique, cette méthode de finition consiste à retoucher le bec sans lui ajouter de verre supplémentaire.  Au départ, la bouteille était soufflée intégralement dans le moule, bec compris (a).  Après avoir retiré le tube de soufflage, le bec était déjà formé, quoique encore grossier (b).  Un outil presque identique à celui utilisé pour les bouteilles BIMAL était employé pour redéfinir le bec de la bouteille et lui donner son aspect final (c).  Il en découle un résultat très semblable à celui des bouteilles BIMAL, mais avec quelques subtiles différences.

Selon l’outil utilisé pour retoucher le bec, la ligne de joint du moule sera plus ou moins effacée le long du goulot, souvent sur presque toute sa longueur.  Dans certains cas, au contraire, cette ligne sera encore légèrement perceptible sur le bec, qui présentera pourtant les petits traits concentriques horizontaux typiques d’un bec fini à la main.

Cette méthode de finition était une amélioration de la méthode BIMAL, mais elle était basée sur le même principe.  Les grands manufacturiers de verre américains, comme la Whitall Tatum, ont commencé à utiliser cette méthode au milieu des années 1870 pour les bouteilles de petit et moyen format, en particulier les bouteilles de prescription, mais aussi les bouteilles d’encre, et certaines bouteilles de médicament et de boissons gazeuses.

Ces bouteilles furent fabriquées jusque dans les années 1920, mais il est permis de croire que les bouteilles au bec retouché furent produites jusqu’au début des années 1930 à certain endroits, notamment en Europe.  En Amérique du Nord, les dernières bouteilles à être produites selon cette méthode furent les bouteilles de pharmacie embossées.  Comme la machine automatique de Owens était conçue pour la production de masse, elle n’était pas rentable pour les commandes particulières des pharmaciens qui désiraient un modèle personnalisé.  Après le virage vers les bouteilles ABM, les grandes manufactures de verre nord-américaines conservèrent pour quelques années encore une partie de leurs vieux équipements afin de pouvoir satisfaire la demande de cette clientèle restreinte.

Quelques exemples de bouteilles tooled lip


Ground Lip

Une variante de la technique tooled lip était le ground lip, ou le « bec meulé », qu’on retrouve sur la plupart des contenants à bouchon vissable d’avant 1910, les pots « Mason » étant l’exemple le plus commun.

Comme il eut été compliqué de façonner individuellement une vis sans fin autour des becs de bouteilles, celle-ci était pré-moulée lors du soufflage (a).  À sa sortie du moule, la bouteille avait un bec parfait présentant un léger excédent de verre à son extrémité (b).  Cet excédent était ensuite meulé jusqu’au niveau désiré (c).  Le produit fini était un bec à vis qui pouvait accommoder sans problème des bouchons standards. Les bouteilles produites selon cette méthode sont facilement reconnaissables par l’extrémité du bec qui a l’aspect du verre dépoli, résultat du meulage. 

Quelques exemples de bouteilles ground lip


BIMAL

Cet acronyme signifie « Blown in mold, applied lip ».  Il s’agit de la plus ancienne méthode pour produire un bec de bouteille uniforme, par opposition aux becs roulés ou aplatis par un outil rudimentaire qu’on retrouvait largement jusqu’au milieu du XIXième siècle.  Elle fut utilisée dès le début des années 1800 jusque dans les années 1870-80 en Amérique.  Les bouteilles de grand format continuèrent cependant d’être fabriquées de cette façon jusqu’au XXième siècle, comme certaines bouteilles de boissons fortes ou les dame-jeanne

La caractéristique principale de cette méthode de finition est que le bec de la bouteille était formé en ajoutant du verre sur l’extrémité du goulot.  Après avoir libéré la bouteille du moule (a) et que l’on eut retiré le tube de soufflage (b), du verre en fusion était appliqué manuellement autour du goulot (c).  Cet ajout grossier était ensuite façonné à l’aide d’un outil spécial pour le rendre plus uniforme (d) – (e).

Les vraies bouteilles BIMAL sont donc reconnaissables par une ligne de joint du moule qui arrive souvent près du dessous du bec, et on remarque un débordement occasionnel de verre sous ce dernier (e).  Certains outils servant à façonner le bec empiétaient parfois sur le goulot, effaçant la ligne de joint du moule sur une distance plus ou moins longue (f).  Il arrivait aussi que des excédents de verre se trouvent encore sous le bec après l’opération (g).

Cette méthode fut largement utilisée en Europe jusque dans les années 1910-1920.  On trouve souvent ici, dans des dépotoirs de cette époque, des bouteilles françaises et anglaises (bouteilles de boisson, de médicament, d’encre, de conserves, de sauce, de poison, etc) ayant un aspect beaucoup plus primitif que leurs équivalentes nord-américaines. 

Quelques exemples de bouteilles BIMAL


OP

Acronyme de « Open pontil ».  Le pontil est cette marque circulaire grossière (un cercle en saillie de verre « brisé », souvent creux au centre) qu’on retrouve à la base de certaines bouteilles et qui témoigne d’une méthode de manufacture antérieure (avant 1860 environ).  Contrairement à ce que j’ai souvent entendu, toute marque circulaire sous une bouteille n’est pas un pontil. 

Les bouteilles pontillées sont souvent irrégulières, pour ne pas dire primitives.  À cheval entre la première et la seconde catégorie énoncées plus haut, elles peuvent avoir été soufflées dans un moule ou non, et le bec peut avoir été achevé de différentes façons.  Se référer au site mentionné plus haut pour plus d’information.

Il faut cependant noter que certaines bouteilles furent produites de cette façon pendant beaucoup plus longtemps que les bouteilles utilitaires.  Certains contenants comme des carafes, des vases, des jarres de pharmacien ou des dame-jeanne furent produits avec des pontils jusqu’au début du XXième siècle.  Si les États-Unis ont produit des quantités appréciables de bouteilles OP, les bouteilles canadiennes clairement identifiées sont rares, sans parler de celles du Québec.

Quelques exemples de bouteilles OP


Mythes sur la datation du verre

Certains livres suggèrent parfois qu’il est possible de dater une bouteille à la décennie près en se fiant à la distance entre la fin de la ligne de joint du moule sur le goulot et le dessous du bec; autrement dit, plus l’extrémité visible de la ligne est près du bec, plus la bouteille serait récente.  Cela est absolument faux: des bouteilles de 1860 peuvent avoir une ligne de moule qui arrive tout juste sous le bec, et d’autres de ca.1910 peuvent en avoir une effacée sur presque toute sa longueur.  Il faut éviter de lire cette ligne comme un thermomètre !

Il en va de même avec la croyance populaire que la quantité de bulles d’air dans le verre d’une bouteille indique son âge.  Bien que les bulles d’air se retrouvent dans le verre typiquement plus vieux, elles ne sont pas des témoins de l’âge mais de la qualité de la manufacture.  Les bouteilles bon marché (souvent des bouteilles utilitaires, destinées à être jetées après usage) étaient habituellement moins parfaites que d’autres qui étaient vouées à être réutilisées (bouteilles de boisson gazeuse), ou qui misaient sur l’aspect visuel (bouteilles de parfum).  Par ailleurs, j’ai déjà vu des pièces du XVIIIième siècle qui ne contenaient pratiquement pas de bulles d’air, et des bouteilles ABM de ca.1920 qui en étaient pleines.  Il est néanmoins vrai que les bouteilles produites à partir des années 1920-1930 sont graduellement dépourvues de tels défauts, grâce au perfectionnement de la technologie ABM et à une uniformisation de la qualité.

Il n’y a pas de moyen infaillible pour déterminer avec précision l’âge d’une bouteille, puisque les méthodes de manufacture variaient d’un producteur à un autre; ainsi, un équipement vieux de 20 ans utilisé en 1910 aurait littéralement produit une bouteille de 1890.  On remarque également que plusieurs bouteilles produites en Europe ont souvent l’air plus vieilles qu’elles ne le sont vraiment.  Certaines manufactures y fabriquaient encore en 1915 des bouteilles telles qu’on les faisait en Amérique en 1880.  Il y a même encore aujourd’hui des compagnies qui fabriquent des bouteilles BIMAL à des fins spéciales: éditions limitées de parfums ou de boissons de prestige, par exemple.

Certaines références donnent souvent la fausse impression que les changements des méthodes de manufacture se sont fait du jour au lendemain à l’échelle planétaire.  Il faut tenir compte du fait que la coûteuse machine automatique prit du temps à s’implanter chez les manufacturiers habitués à leurs vieilles façons de faire,  et que certains producteurs ont attendu d’être menacés par la compétition grandissante avant de s’adapter. À moins d’entreprendre des recherches ou de posséder des exemplaires datés (ce qui est rare), la datation des bouteilles ne peut être qu’approximative et théorique.


LA NOMENCLATURE

1. Bec ou Lèvre

2. Goulot

3. Épaule

4. Embossage

5. Base ou Culot